Tous “consauditeurs” !

où quand la musique révolutionne la lecture des marques.
Aurélien Sooukian – Co-Founder, By Music
4 Mai 2015
Cela ne vous aura pas échappé, la musique est partout autour de nous. Cette simple phrase, où plutôt cette phrase simpliste, j’en conviens, traduit en réalité le résultat d’un phénomène produit par la convergence des mutations culturelles, comportementales et technologiques apparues ces toutes dernières années. Elle révèle également qu’il est essentiel pour nous tous comme pour les entreprises de comprendre aujourd’hui la place de la musique dans le cœur des français, l’engouement qu’elle suscite et les opportunités de mise en relation qu’elle offre pour renforcer les liens avec le consommateur, désormais devenu “consauditeur”.

La musique au coeur de notre quotidien

Une étude d’OpinionWay pour la SACEM* révèle que 84% des Français écoutent de la musique au quotidien, ce qui en fait leur 3ème loisir préféré après regarder la télévision et écouter la radio. Pour prendre toute la mesure du phénomène, il suffit de constater la popularité des émissions musicales grand public (Nouvelle Star, X Factor, The Voice, Eurovision pour les plus connues), le succès d’émissions plus “underground” (Tracks, One Shot Note), la multiplicité des chaînes musicales du câble, des titres de la presse musicale ou des blogs consacrés à la musique. Partout en France et dans le monde, des plus grands médias au particulier passionné, la musique suscite un intérêt inégalé.

L’explosion de la consommation de musique par le biais d’Internet – corrélée à l’essor récent de l’économie numérique – est également symptomatique de ce phénomène : si Internet a tué le disque, il a rendu le contenu accessible, décuplé les modes de diffusion et profondément changé la manière de consommer du son. Tout le monde connaît, consulte et utilise les sites de partage (Dailymotion, Youtube…) et d’écoute en ligne comme Deezer ou Spotify, dont nous relayons souvent les contenus via les réseaux sociaux comme Facebook. Des sites pour la plupart encore à l’état de projet en 2005. Aujourd’hui, les contenus audio et vidéo disponibles sur Internet représentent près de 50 milliards de vidéos vues / mois* dans le monde. Jamais autant de musique n’a été créée, écoutée, diffusée, partagée, utilisée, pratiquée.

La structure-même du mode de consommation de musique s’en trouve bouleversée. On n’écoute plus uniquement les artistes chez soi ou lors d’un concert. L’hyper-virtualisation de l’économie et la montée en puissance du nomadisme ont conduit à la dématérialisation de la musique, qui simplifie sa portabilité (téléphones mobiles, lecteurs MP3…) et entraîne la multiplication de ses modes de diffusion, donc de ses lieux de consommation (boutiques, parkings, avions, centres commerciaux, restaurants…). Choisi ou subi, on vit en permanence avec un fond sonore. On peut s’en plaindre ou s’en réjouir, c’est un fait : impossible désormais de passer à côté de la bande-son qui anime notre vie quotidienne.

Il ne s’agit pas d’un épiphénomène culturel, sociologique ou technologique mais d’un changement profond de notre rapport à la musique et de son mode de consommation.

C’est la révolution musicale.

L’avènement du “consauditeur

Dans ce nouvel univers de réseaux sociaux, de création frénétique de contenus et de consommation nomade, la culture musicale et la sensibilité du grand public à la musique se sont développées très rapidement. Quand nos parents ou grands-parents avaient accès à moins d’une centaine d’artistes et pouvaient en entendre quelques-uns régulièrement, les “digital natives” qui composent la nouvelle génération écoutent aussi bien les Beatles qu’ils remixent Lady Gaga sur leur iPhone, accèdent à des millions de titres en un clic, disposent de milliers d’albums dans leurs poches et deviennent même partenaires financiers de nouveaux talents.

De la même manière, là où découvrir, connaître, critiquer, enregistrer, produire de la musique était encore l’apanage des professionnels à la fin du siècle dernier, le consommateur de 2012 est mélomane, chroniqueur, chanteur, instrumentiste, DJ, membre d’un groupe, compositeur, producteur, diffuseur… Il cherche, essaie, décide, zappe, “like”, “share”, “bloggue”, il s’implique et recommande, devient prescripteur et développe sa propre sphère d’influence. Nourri en permanence de sonorités sans cesse renouvelées et toujours à l’affût des tendances, il s’est forgé une solide culture musicale.

Ce centre d’intérêt omniprésent est devenu prépondérant et ouvre de nouvelles perspectives pour les entreprises, qui cherchent en permanence à capter l’attention des consommateurs. Celles-ci doivent apprendre à manier le sujet de la musique comme celui de la communication, de l’identité, du marketing ou du design, et l’intégrer comme un puissant levier d’émergence et d’adhésion. Et parce que le consommateur va désormais les juger au travers du prisme de la musique, elles doivent réaliser que le temps de la musique purement illustrative ou fonctionnelle est révolu, connaître les goûts de leurs cibles, les dernières tendances, définir leur ADN sonore, créer des communautés musicales, proposer des concerts ou découvrir les talents de demain, pour finalement espérer convertir leurs clients en fans.

On s’intéressait hier principalement aux yeux du consommateur. Il faudra désormais compter avec ses oreilles. Nombre d’acteurs comme Abercrombie & Fitch, Starbucks, Air France, Diesel, Natures & Découvertes, Colette ou The Kooples ont intégré cette réalité et proposent une lecture de leur marque à travers le son, une expérience musicale unique qui caractérise leur personnalité, enrichit leur discours et contribue à leur positionnement. Ces marques n’hésitent plus à prendre la parole en musique et aller au-devant de leur clientèle, là où elle se trouve désormais, pour lui proposer une expérience exclusive. En adossant leurs noms à des contenus musicaux ou des artistes emblématiques de leurs identités et de leurs discours respectifs, elles ont su retenir l’attention de l’auditeur, modifier sa perception de la marque, fédérer et animer une large communauté de clients. La musique n’est plus, comme par le passé, qu’un simple élément illustratif, mais a désormais le pouvoir de la création de l’univers de la marque. A cette dernière de capter l’attention du “consauditeur” afin de tirer pleinement parti de la révolution musicale.

*Etude OpinionWay pour la Sacem auprès d’un échantillon de 2010 personnes, représentatif de la population âgée de 15 ans et plus, du 26 novembre au 15 décembre 2010.

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